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Troisième volet de la série American Tabloïd, American Death Trip, Underworld Usa met un terme à cette plongée dans les Etats-Unis des années soixante et soixante dix où furent assassinés John Fitzgerald Kennedy, Martin Luther King et Robert F. Kennedy.
Le titre original est quasiment intraduisible en français « Blood’s a rover ». « A roving ambassador », c’est un ambassadeur itinérant.
Là ce serait une nuage de sang qui s’étend sur le monde d’Howard Hughes, de plus en plus délirant, de Hoover le fondateur et patron de la CIA, en dégénérescence avancée. Balaguer a remplacé Trujillo en République dominicaine, Papa Doc règne en despote mal éclairé en Haïti, les hippies se shootent en fleurs, les noirs réclament l’égalité des droits et la police de L.A., le FBI, possèdent des fonctionnaires véreux à point, sanguinaires à souhait, alcooliques, drogués, mais manipulateurs comme pas trois. Nixon est élu dans la première moitié du roman, et le Watergate n’est pas loin à la fin. Fidel Castro donne des envies de meurtres aux anti-castristes et les blacks crient comme des cochons lorsqu’une bagnole de cops traîne dans Nègreville, sous entendu le Watts
On retrouve des figures rencontrées dans les précédents opus. On a du mal à les aimer, tellement, ils sont moralement noirs, et racistes. Pourtant, ils s’éveillent, sont capables de sentiments, « la femme étant l’avenir de l’homme ». Et les trois femmes qui parcourent le livre transcendent les mâles, les mateurs sont matés, et les chasseurs changent leur fusil d'épaule.
Ellroy, me fait un peu penser à Clint Eastwood, républicain bon teint, à la gâchette facile, et pourtant non dépourvu de tendresse et de sensibilité voire d’une certaine honnêteté intellectuelle qui le conduit, parfois, vers des rédemptions doïstoievskiennes.
Même démarche ici, avec un style serré comme celui de Bogard au mieux de sa forme. Phrases courtes : sujet, verbe complément. Vocabulaire réduit, encore et toujours éclaboussé par son passage dans les ruisseaux de L.A. ou de Las Vegas. Des journaux intimes, des documents officiels, des articles de journaux viennent ajouter les preuves nécessaires à la recherche de la vérité. Tout est inventé. Mais, s’il est un auteur qui correspond bien à la définition du roman par Aragon, c’est bien James Ellroy. Il possède « l’art de mentir vrai », d'autant qu'il s'appuie sur une documentation sérieuse. Nous sommes loin des approximations historiques d'Alexandre Dumas.
841 pages de violences, de turpitudes, de plongées dans les poubelles de la société. Nous ne sommes pas déçus, nous en avons pour notre argent : trahison, infiltrations, coups tordus, tueries, tortures, trips vaudous, il y a du sang et pas qu’à la une.
Bon, c’est parfois répétitif, parfois un peu lent, mais à peine commence-t-on à se lasser que l’action se délace et nous emporte sur un rebondissement.
Il y a quelques années de gestation derrière ce roman, qui flirte avec le chef d’œuvre pour notre plus grand bonheur.