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Un peu de tout. Photos, voyages, réflexions, commentaires, articles.

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Un ouikende sucré salé.

 

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Le samedi après-midi, l’on apprit le décès de Jean Ferrat.

Avec Brel, Brassens, et Léo Ferré, un peu Mouloudji, Montand et Reggiani, il faisait partie de nos chanteurs préférés. Ses chansons avaient du corps, de la tenue, du sens.

« Chanteur engagé », disait-on à l’époque. Parce que sans doute, ses paroles dégageaient un parfum de résistance, de lutte, d’espoir. Parfois d’espoir déçu. Mais, toujours, il fallait renaître de ses douleurs, de ses humiliations et lutter contre ceux qui profitent de la sueur et des peines du peuple des salariés. Nous nous retrouvions dans ses coups de gueule. Nous frémissions à ses très belles chansons d’amours, tendres et pleines de respect pour les femmes, la nature et la quête du bonheur. Il nous invitait « à ne pas vivre à genoux », à résister, à ne point subir, mais à agir.

Il nous motivait dans notre désir d’améliorer notre sort et celui de nos enfants. Beaucoup d’espoir, et aussi, une lucidité éprise de liberté qui l’entraîna à ne jamais être encarté, mais compagnon de route du PCF. N’avait-il pas été sauvé, élevé par une famille de camarades tandis qu’on lui avait enlevé son père pour aller le brûler à Auschwitz ?

 

Il a mis en musique Aragon. Or, si en effet, Louis Aragon a écrit quelques propos staliniens, voire quelques poèmes de circonstances parfois affligeants, il mérite d’être lu et relu. L’on s’aperçoit alors qu’il est aussi capable du meilleur et qu’il est à jamais l’un des plus grands poètes de la littérature française.

Ferrat a toujours choisi le meilleur de son oeuvre.

 

Ce qui le caractérise, c’est sa fidélité, à la fois à ses idées, à sa femme et à ses amis. Voilà qui nous change un peu de ces chanteurs plus jeunes qui ânonnent des banalités sur un rythme de machine-outil et qui, surtout, n’ont rien à dire. Ferrat chantait. Et « pas pour passer le temps ». Voix grave, modulée, à la limite du sanglot parfois, passant du chuchotement à l’envolée, et qui vous prenait aux tripes.

 

Il quitta sa région parisienne et fuit les futilités du showbiz pour l’Ardèche. Antraigues lui doit sa renommée. Petit village perdu au-dessus d’Aubenas, engoncé dans une vallée accédant aux plateaux, village plus ou moins perché, cerné de murettes, qui permettaient comme en Chine, de cultiver les légumes, la vigne, les châtaigniers, et le mûrier à la belle époque des soieries de Lyon. Tout cela s’est effondré avec le « formica » et les désirs de  ville pour se reconvertir en résidences secondaires qui ne sont occupées que quelques mois l’été et parfois, à l’année pour les fonctionnaires à la retraite.

 

Nous avons fréquenté l’Ardèche durant de nombreuses années. En caravane. Nous y avions pris nos habitudes au printemps, l’année où Elsa se cassa la jambe aux sports d’hiver en février. Elle était encore plâtrée, pas question d’aller à la Capte sur la presqu’île de Giens à cause du sable. En me souvenant de ma découverte de l’Ardèche, l’année de mes dix-huit ans en compagnie de J-F D., en m’aidant de la carte Michelin, et de mon flair de géographe, je mis mon dévolu sur le camping des Chênes, à Chassagnes, à quatre kilomètres des Vans, non loin du Chassezac qui venait d’ouvrir.

 

C’était un peu la montagne de Ferrat. D’ailleurs, nous fîmes le pèlerinage à Antraigues, sans déranger quiconque, juste histoire de respirer l’air de notre « ami », de notre « grand frère ». Que du bonheur fou !

Les prairies reverdissaient pailletées de fleurs, les acacias blancs le disputaient aux arbres fruitiers déjà éclos alors qu’en Normandie, c’était encore, parfois, le froid, la pluie voire quelques giboulées neigeuses. Pays de Cocagne, ensoleillé, mais devenant rude sous les coups du Mistral qui s’égare un peu de la vallée du Rhône, ou des averses printanières lorsque des remontées du marin, le vent du sud, vient abonder les nappes phréatiques avant la sécheresse de l’été. Les maisons traditionnelles y sont en pierre dorée, ramassées comme des petits forts, avec caves voûtées et terrasses encombrées de vignes pour donner de l’ombre, les soirs d’été lorsque les criquets, les grillons s’époumonent dans  les derniers rayons du soleil en prenant le relais des cigales qui ont crissé dans le chaud de l’après-midi.

 

Nos amis nous rejoignaient. Nous écoutions, nous chantions les chansons de Jean Ferrat. Nous marchions dans ses pas.

 

Certes, cela faisait quelque temps déjà que le beau gosse à la crinière grise et à la moustache « zapatesque » n’avait pas sorti un CD, un « album » comme on dit dans le milieu.

Mais, en apprenant, sa disparition, je ne pus m’empêcher de fredonner les airs ancrées en ma mémoire. Avec lui, c’est un peu de nous-mêmes que nous enterrons. Le cimetière de ceux qui nous ont faits ne cesse de prendre de la surface.

 

Il y avait mouvement de grève à la France Télévision. Drucker a annoncé qu’il consacrerait quelques heures, dans l’après-midi puis avant le vingt heures du dimanche soir, à Jean Ferrat. Nul doute que les techniciens n’oseront pas laisser l’écran dans l’obscurité. Jean Ferrat est mort à point.

 

                                                      ******

 

Dimanche, je suis allé à Paris.

Sur l’autoroute France Inter nous envoya une heure de Ferrat. Triste et joyeux parcours. Des bouffées de souvenirs venaient crever à la surface de ma mémoire.
Je me suis garé à Passy, en profitant de la carte d’invalide de Reine. J’ai pris le métro jusqu’au Stade de France. Dante m’a rejoint et nous sommes allés tous deux assister au match  de rugby France-Italie que mon fils m’avait offert pour Noël.

 

C’était la première fois que j’assistais à une rencontre des six nations en direct.

 

D’abord, ce qui est étonnant, dès la sortie du métro, c’est cette foule qui enfle lorsqu’à chaque passage de rame le flot des supporters se déverse, groupe après groupe pour aller rejoindre ce stade, assez belle réussite architecturale de béton et d’acier.

 

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J’avais rendez-vous avec Dante qui venait de chez des copains où il avait passé la nuit. Par dessus la rambarde qui surplombe une autoroute, sous des platanes étiques en cette saison hivernale, un village de baraquements, construit avec des matériaux de récupération, et qui doit abriter des roms. Ils vivent entre un mur de soutènement et ce bout de périphérique où passent des milliers voitures, de camions, de bus de jour comme de nuit. Où trouvent-ils de l’eau ? Où font-ils leurs besoins ? L’Inde à côté du plus beau stade de France. Même plus besoin de prendre l’avion pour connaître le Tiers-Monde. Il existe là, identique à ce qu’on voit dans les rues des grandes villes de l’Afrique, du sous continent indien, ou de l’Amérique latine.

Nos responsables politiques ne doivent jamais emprunter cet itinéraire pour aller se goberger dans la tribune présidentielle lors des finales et autres évènements sportifs d’importance. Ou s’ils passent, c’est vite, le téléphone portable à l’oreille, et protégés par des motards de la gendarmerie.

« Est-ce ainsi que les hommes vivent ? »

 

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Le public du rugby n’a rien à voir avec celui du football. Il est bon enfant, respectueux de l’adversaire, venu là pour voir un beau match, apprécier des combinaisons mises au point lors de stages de préparation, pour le plaisir d’être ensemble entre supporters des deux équipes.

Il est vrai que les règles du jeu de rugby sont tellement complexes qu’elles nécessitent une intelligence au-dessus de la moyenne. Ceci explique peut-être cela. Je ne me fais pas d’illusions. Je sais bien qu’en Ovalie, certaines rencontres entre clubs rivaux peuvent parfois dégénérer en castagne. Il s’en passe de belles dans les mêlées, il n’y a qu’à voir l’état des oreilles des avants. Mais, les règles sont strictes, les arbitres internationaux à la hauteur, et si jamais un joueur les insulte, comme il arrive si souvent au football, la sanction est immédiate.

Trois arbitres surveillent le jeu sur le terrain, plus deux en dehors devant leurs écrans, et tous sont reliés par radio. Si l’un a un doute ou a mal vu, ou si des évènements se sont déroulés dans le dos de l’arbitre de terrain, ils en réfèrent à l’arbitre principal. Cela n’empêche pas complètement quelques beignes, mais ça ne va jamais bien loin, tout le monde essayant de freiner les excités. On est là pour jouer ! Con !

 

Quelques gardes républicains, à cheval, surveillent la foule. Pas de quoi fouetter un chat. Elle est composée de tous les âges. Le rugby peut encore être une sortie en famille. De sept à soixante dix sept ans et plus.

 

Mon premier match ! Emotion lors de l’arrivée dans le stade. Vue plongeante, sonorisation efficace, toutes les places occupées. On a eu droit aux séances d’échauffement des joueurs. Chaque équipe étant applaudie par tous. Puis, les hymnes, chantés ou écoutés debout. Puis, le coup d’envoi et… que la fête commence.

 

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J’avais apporté mes jumelles. Indispensables. Mais ce qui m’a le plus déconcerté, c’est l’absence de son en provenance de la pelouse. Je n’ai pas entendu un seul coup de sifflet. Le han ! des joueurs entrant en mêlée, rien ! Les commentaires que l’arbitre prononcent aux joueurs, les ordres, rien ! Les appels pour les combinaisons à l’engagement après une sortie de balle, rien ! Le bruit de la foule, ses commentaires, ses rumeurs couvrent tous ces sons que procurent la télévision. Des ola sont parties régulièrement. Les bandas se répondent en échos. Des oléééé suivent les notes de trompette venues des arènes de Béziers, de Nîmes, ou de Bayonne. Les gladiateurs s’empoignent virilement, et les plus agiles s’infiltrent dans le rideau de défense pour venir déposer le ballon ovale derrière la ligne d’en but, le paradis.

 

La France a vaincu l’Italie, sans se forcer, sans casse, régulièrement. Les italiens ont sauvé l’honneur en marquant au pied et deux essais, mais pour cette année, la France est encore invaincue avant le match de samedi prochain contre l’Angleterre, une autre paire de manches.

 

Ce qui explique cet engouement pour ce jeu de brutes ? Justement, la rudesse des chocs, la vaillance, cette abnégation indispensable qui oblige les joueurs à se sacrifier pour le groupe. Le rugby est au sommet des sports collectifs. Il nécessite que tous soient bons et soudés. Même s’il existe des joueurs exceptionnels, qui possèdent une vision du jeu qui leur permet de « créer » des combinaisons inattendues, cela ne peut se faire que si  leurs partenaires possèdent eux aussi, la même intelligence et viennent les appuyer. Il n’est que de voir leur comportement lorsqu’un essai a été marqué. Pas d’entassement de viande millionnaire sur le marqueur comme au football. Juste quelques étreintes, quelques tapements dans les mains ou sur les épaules, ce besoin de contact physique qui soude. Ce remerciement de celui qui a franchi la ligne à tous ceux qui lui ont permis de faire triompher l’équipe. Supériorité du collectif. Négation de l’individu qui n’existe et ne s’épanouit que parce qu’il est en totale communion avec tous les autres.

 

Certes, il y a bien quelques vedettes, quelques stars, mais elles ne le deviennent que par leur apparence physique comme Chabal, ou par la précision de leur coup de pied comme Michalak ou Wilkinson.

Le botteur, au moment de la transformation, est soudain seul, face aux poteaux, et doit jouer avec le vent, faire le vide, se concentrer sur la balle qui repose sur son tee, et comme au golf, il n’a plus qu’un seul adversaire à dominer, le plus redoutable d’entre tous : lui-même. Et quel que soit le joueur, il existe des jours propices, bénis des dieux, et des jours sans, maudits, où le doute s’installe. A l’entraîneur de le sentir et d’avoir la chance de pouvoir vite remplacer le titulaire par un remplaçant aussi bon que lui. Décision pas toujours facile à prendre. Mais combien de matches ont été remportés par la régularité du tireur ?

 

Lorsque le stade de France se vide, c’est aussi très impressionnant. D’autant qu’il n’y a qu’une ligne de métro qui le dessert et une ou deux lignes de RER. Les flots se croisent, pas de précipitation, à quoi bon. La mécanique des fluides se met en route. Ralentissement au fur et à mesure que l’on se rapproche des portes à péage. Piétinement d’attente comme pour une remontée mécanique, mais sans les skis. Au-delà des portes automatiques, fluidité recouvrée jusqu’à la voiture bondée où les voyageurs n’ont guère besoin de s’accrocher à un poteau tellement ils sont en caque.

 

Belle journée.

 

Avec, vers vingt heures, l’annonce des résultats des élections régionales.

 

53,65% d’abstentions. Rupture entre le peuple, les citoyens et leurs hommes politiques. Démocratie en danger. Il est vrai, que lorsque le peuple vote à rebours des élites, son vote ne compte pas. C’est ainsi que le traité de Lisbonne nous a été imposé.

 

L’UMP et son président, Nicolas Ier, ont pris une claque formidable. Remontée du FN, ce qui n’enchante guère, consolidation du PS, sans enchantement, maintien d’Europe Ecologie, maintien du Front de Gauche, effondrement de l’extrême gauche et des centristes.

 

Attendons le deuxième tour ! Il y a des triangulaires en vue. Et les abstentionnistes vont peut-être bousculer les prévisions. Pas de quoi triompher ! Les ego sont dans les starters, quant à l’Union de la droite, elle se craquèle. N.S. semble vouloir pratiquer la méthode Coué. Continuons nos réformes impopulaires ! Politique reprise par le joyeux drille de Matignon qui craint de voir ses troupes l’abandonner.

Attention ! Le Fillon me semble encore pire que le Maire de Neuilly. C’est un homme de foi ! Et cela, c’est extrêmement dangereux, car ces gens-là n’ont pas toute leur tête !

 

Mais une élection régionale n’a jamais fait le printemps d’une présidentielle. On l’a déjà vécue.

 

  


 

 

 

 

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