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LA DIGUE, LA DIGUE !
Xynthia, la tempête du 28 février, avec son nom de bagnole à la noix, a martyrisé les côtes des Charente Maritime et de Vendée. Soit, en particulier, le littoral qui correspond à l’anse de l’Aiguillon, débouché du Marais poitevin qui s’étend aux limites de trois départements. Plus de cinquante morts, plus quelques disparus. Des milliers de maisons détruites, des familles ayant tout perdu, des entreprises à l’agonie. Oui ! C’est bien une catastrophe nationale.
« Drame inacceptable et incompréhensible » a déclaré le Chef de l’Etat.
Il faut assigner l’océan et le coller en garde à vue.
Quant à l’aspect « incompréhensible », cela induit soit des difficultés à s’exprimer, soit une fragilité intellectuelle inquiétante.
Si l’on se promène via Google sur les sites « l’histoire du marais » ou « le marais poitevin », on a droit à l’histoire de cette région, à sa formation géologique, à ses particularismes, à sa fragilité.
Depuis le Moyen-Âge, les hommes sont attirés par cette région plate, au sol à la fois généreux et piégeux, coincé entre l’océan et les fleuves. Eau salée et eau douce s’y rencontrent. Des îles se sont formées au gré de la baisse et de la montée de la mer. Puis, les hommes ont retroussé leurs manches et ont endigué. On a même fait venir des hollandais, maîtres des polders et cela sous le bon roi Henry IV. On a gagné ainsi des milliers d’hectares de terres arables. On a asséché, on a planté des espèces friandes d’humidité, on s’y est installé pour vivre de l’élevage, de la pêche, de l’agriculture ou du commerce du sel.
Mais, par définition, un polder est toujours sous la menace des excès de l’océan qui ont toujours existé et ne sont pas prêts de diminuer et du débordement des rivières qui le draînent. Notre Immense Souverain aura beau trépigner, l’inacceptable est inéluctable. Surtout si les digues sont mal entretenues et si l’on attribue des permis de construire dans des zones inondables.
Les hommes, à la surface du globe, privilégient les côtes maritimes et fluviales. Le tourisme aidant, des centaines de milliers d’habitations ont été construites à la fois pour les habitants à l’année et aussi pour les résidences secondaires qui ont fleuri après la multiplication des campings des années d’après-guerre.
Le mur de l’Atlantique de nos amis allemands, une rigolade à côté de celui de Merlin l’enchanteur. C’est l’Europe qui vient se tremper le c… dans l’océan, qui pratique la plaisance, ce qui a généré toute une activité industrielle, avec la plasturgie de marine et ses chantiers navals, la construction de mobile-homes, et le BTP en général. Avec, une condition, être au plus près de la plage.
La question à 1 € : quoi faire maintenant ?
Deux politiques s’opposent : la première consiste à investir dans de grands travaux de consolidation des digues en tenant compte de la montée prévue de l’océan et de la multiplication des caprices météorologiques à venir ; la deuxième, procéder, comme cela se fait déjà en Allemagne, en Angleterre, aux Pays-Bas et même déjà en France à une « dé-poldérisation ». Ce qui signifie que l’on fait preuve d’humilité devant la nature et que l’on laisse à nouveau entrer l’océan là où il avait ses habitudes.
Lorsqu’il n’y a que des terres agricoles ou des pâturages, c’est faisable, mais lorsqu’il y a en jeu le quotidien de milliers de citoyens, c’est une autre affaire.
« On ne peut pas transiger avec la sécurité » a martelé l’ex-ministre de l’Intérieur. Soit ! A part le nettoyage au kärcher des maisons
envahies par les eaux, qu’est-ce que cela signifie au niveau législatif ?
Il doit bien y avoir dans les DDE des plans des zones à risques dont on aurait du tenir compte dans les POS et les PLA.
Quant au Vicomte qui semble jouer les étonnés, cela fait combien d’années qu’il est Président du Conseil Général de Vendée ? Depuis 1988. Pas la peine de nous la jouer. L’urbanisation intensive des côtes, c’est à la fois des taxes qui entrent, des infrastructures qui se multiplient, des charges qui explosent et des entreprises qui prospèrent. Or, il a encouragé, accompagné, et valorisé cette politique-là.
La sagesse voudrait que l’on « dé-poldérise ».
On va colmater, renforcer, et défier la nature. Cela coûtera de la sueur et des larmes, des impôts et des profits pour le BTP. Et, « l’on transigera avec la sécurité ».
Après tout, les assurances sont là pour cela. Elles n’auront qu’à augmenter leurs tarifs. Et l’on versera quelques larmes sur les morts et disparus, on présentera ses condoléances aux survivants, et l’on se retrouvera aux prochaines vacances.
La fête continue ! La digue, la digue !
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