Un peu de tout. Photos, voyages, réflexions, commentaires, articles.
C’est un grand film à petit budget. C’est la résurrection du cinéma réaliste italien digne des Fellini, Rosi, Rosselini, Vittorio de Sicca et tutti quanti.
Nous sommes dans un monde interlope, aux franges de la société, chez des gens du voyage sédentarisés dans un bidonville "de luxe", puisque composé de caravanes, de mobil-homes, et de campings-cars.
Les deux réalisateurs, documentaristes réputés, lui portent un regard complice, amical à la limite de l’idéal. Certes, ces « gens-là » vivent aux crochets
de la société en se branchant gratuitement sur les réseaux d’eau potable et d’électricité. Mais, ils ont un langage châtié, leurs enfants vont à l’école, les leçons et devoirs sont surveillés,
ils s’entraident, ils ont une vie solidaire et n’ont des revenus que quelques mois par an.
Pauvreté de moyens, richesse du cœur. Ils sont le contraire de la pensée unique du système qui repose sur l'individualisme exacerbé et l'enrichissement personnel à
n'importe quel prix.
La découverte d’une pitchounette, « La pivellina » de deux à trois ans, craquante comme le sont les petites filles de cet âge-là, va servir de catalyseur pour montrer à la fois toutes les qualités, les caractères, et les histoires personnelles des protagonistes.
Preuve est faite, une fois de plus, que l’on n’aime que pour être aimé. On donne aux autres, pour se donner à soi-même.
Patti, une Magnani des terrains vagues, aux cheveux rouge, peut enfin devenir mère. Rien n’est trop beau pour la petite. Tairo l’adolescent va jusqu’à rompre d’avec sa copine pour se consacrer à Asia, parce qu’elle lui rappelle que, lui aussi, a été abandonné par ses parents divorcés. Etc.
Le tout est tourné caméra à l’épaule, dans l’extrême banlieue romaine durant un printemps mouillé qui transforme le sol en bourbier. Vous vous souvenez de ces immeubles clapiers qui servaient de cadre aux films italiens des années soixante. Ils sont toujours là, vieillis, avec la clim qui défigure les façades qui ont perdu de leur splendeur en noir et blanc pour devenir colorisés en rouge délavé.
Pas d’effets spéciaux, pas d’images numériques, pas de cascades, les acteurs jouent leur propre rôle. Les tigres et les lions ne sont pas numérisés et quand Tairo joue avec les tigrons, ce n’est pas du chiqué.
Cinéma au plus proche de la réalité d’aujourd’hui. Il y a de plus en plus d’abandons d’enfants dans la belle Italie de Berlusconi.
Film tiré à trente huit exemplaires pour toute la France ! Heureux ceux qui ont la chance de pouvoir aller le voir ! C’est une petite merveille de bonheur et l'espoir d'un retour aux joies simples de la vie dans une société où les gens se respecteraient et s'entraideraient. Nous sommes à l'opposé de "Sales, bêtes et méchants". La réalité ne serait-elle pas entre les deux ?
Mais allons-nous au cinéma pour voir du réel ? Ne jamais oublier que le cinéma, c'est d'abord un spectacle forain, une distraction, une industrie qui devient de
temps à autre une oeuvre d'art.