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Un peu de tout. Photos, voyages, réflexions, commentaires, articles.

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HORS LA LOI

 

 


 

Reconstituer le passé est toujours difficile, surtout lorsque ce passé n’est guère glorieux pour notre pays.

 

Pourtant, je crois qu’il faut aller voir le film de Rachid Bouchareb, dans la mesure où il a eu une démarche honnête pour aborder au travers de la fiction l’un des pires moments de l’Histoire franco-algérienne.

 

C’est un excellent film qui raconte une histoire, celle de trois frères, dont les vies vont être bouleversées par l’Histoire. Ils sont nés avant la seconde guerre mondiale, en Algérie, dans le bled d’où il sont chassés par le grand colon du coin avec l’aide du bachaga à la botte du pouvoir colonial. Première blessure. Irréparable blessure.

Très rapidement, l’on passe à la Libération, au 8 mai 1945, jour de fête dans toute l’Europe, jour d’espoir pour la population algérienne de Sétif qui va se terminer dans le massacre le plus abject. Deuxième blessure.

L’un des frères se lance dans le combat pour la liberté et l’indépendance et est emprisonné à Paris, un autre est engagé dans la guerre d’Indochine, a sauté sur Dien Bien Phu, a été prisonnier et revient en métropole où la famille vit dans le grand bidonville de Nanterre que j’avais vu lorsque j’étais enfant.  Cette reconstitution sent le décor. La réalité était bien plus sordide, ça puait, c'était gris, sale, sans eau courante ou presque et les eaux sales donnaient cette boue grise caractéristique de tous les égoûts du monde. Le plus jeune des frères ne vit que pour la boxe et gagne rapidement de l’argent en tant que souteneur puis tenancier de cabaret.

 

On va assister à la naissance du FLN en France. La prison étant, comme aujourd’hui pour les fous de dieu, le lieu de formation et de rencontre pour le mouvement de libération. On assiste rapidement à la rivalité avec l’autre parti, le MNA et les règlements de compte entre les deux mouvements. On nous remet en mémoire l’attitude de la police de l’époque qui casse du « bougnoule », pratique la torture et les exécutions clandestines.

 

Du sang, de la peur, des complicités avec certains membres du PCF, avec d’autres citoyens français porteurs de valises. Comme pour les résistants sous l’Occupation, l’on nous montre le déchirement psychologique, qui anime ces hommes et ces femmes qui se sont engagés au risque de leur vie pour que d’autres puissent vivre debout.

 

Emouvant, remarquablement joué, on se prend à se souvenir.

 

Bien sûr, il y a des "libertés" qui ont été prises avec la réalité comme le fait remarquer B.Stora dans L'Histoire N° 356.

Ainsi, ce que l'on appelle les massacres de Sétif et de Guelma ont duré deux mois et non une seule journée et fait des milliers de victimes. La prise de parole à l'intérieur des usines Renault est "invraisemblable". Erreur de date sur l'exécution d'un nationaliste du MNA, ce n'est pas en 1955 mais en 56. Quant à la misère dans laquelle vivaient les ouvriers de la reconstruction des trente glorieuses, elle a été quelque peu enjolivée.

 

Ce que l’on ne nous montre pas, c’est la collusion qui existait entre la bourgeoisie pieds-noirs et les députés de la IVe République, ces mêmes grands colons qui partiront les premiers en investissant leurs capitaux dans la mise en valeur de la Corse, dans des affaires au Canada ou en Métropole, abandonnant la majorité de la population pieds-noirs, employés, commerçants, fonctionnaires, ouvriers à leur triste sort. Ils se retrouveront contraints de venir en France en catastrophe avec une valise dans chaque main.

 

De même, l’on ne nous montre pas Mollet, Mitterrand. On a droit à quelques images de la visite de De Gaulle, mais pas à son « Vive l’Algérie française ! » alors qu’il sait que la guerre est perdue, politiquement. Rien sur le coup d’Etat, ourdi par Debré and co. Rien non plus sur les rivalités qui existaient entre les chefs du FLN.

 

Je me souviens d’avoir lu dans le monde la nouvelle Constitution Algérienne. Je ne sais plus quel article stipule que « l’islam est la religion officielle de la République Algérienne ». Je me suis rendu compte à ce moment-là, que l’Algérie allait vers le gouffre. Ils n’avaient rien compris à l’Histoire. La sagesse eut voulu qu’ils prissent ce qu’il y a de meilleur dans les valeurs de la République.

 

Depuis l’indépendance, le FLN dirige une caricature de démocratie, s’est accaparé la richesse du pays, et se montre incapable de nourrir, de loger, de donner du travail à sa jeunesse et a même dû affronter une guerre civile qui continue de couver.

 

Mais avons-nous vraiment les moyens de leur faire la leçon ?

 

En attendant, voilà un film à ne pas rater, "qui doit être vu et discuté" (B.Stora)pour qui veut mieux connaître notre passé et comprendre comment des gens qui n’avaient qu’une envie, celle de vivre normalement, d’avoir femme et enfants, ont été moralement amenés à donner leur vie plus tôt que prévu et à devenir des loups alors qu’ils n’étaient que de pauvres paysans.

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